Koïné Rédaction : une agence de communication inclusive

Interview de sa fondatrice, Clémence GUIOT.

Qu'est-ce qui t'a motivé à te lancer dans la création d'une agence de communication composée d'indépendants en situation de handicap ?

 La création de ma société en juin 2021 a été rendue possible par un événement de vie traumatique.

En 2018, je suis entrée dans la vie active. J’ai travaillé dans deux sociétés d’assurances. Ça a toujours été difficile pour moi, pas parce que je n'aimais pas ce que je faisais, mais parce que travailler au sein d'une entreprise était source de souffrance, sans que je comprenne pourquoi.

Dès mon alternance j'ai déclaré des troubles anxieux : trouble panique, syndrome de stress post-traumatique et phobie sociale notamment.

Avec les responsabilités, les quinzaines de réunions hebdomadaires et la socialisation imposée en entreprise, mes troubles se sont aggravés.

Fin 2019, mon comportement est devenu franchement pathologique. J'avais des TOCS et des stéréotypies (mouvements répétitifs) constants. Je prenais des anxiolytiques pour tenir, j’étais dans une perpétuelle angoisse : mes attaques de paniques duraient des heures, la nuit, sans répit, entrecoupées de pensées suicidaires.

Je suis alors devenue tout bonnement incapable de travailler.

J'ai eu la chance de rencontrer une psychiatre spécialisée qui avait l'habitude de voir des adultes autistes sans déficience intellectuelle. Elle a pu d'emblée poser un diagnostic et m’expliquer pourquoi mon cerveau réagissait si mal, malgré ma bonne volonté et les thérapies que j’enchaînais. Mon environnement était mortifère, incompatible avec mon handicap. 

J'ai ensuite été arrêtée plusieurs mois, pendant lesquels j’ai commencé à prendre un traitement médicamenteux pour me calmer et me stabiliser. Mon autisme a été reconnu par la MDPH.

Beaucoup de personnes autistes, handicapées et de malades chroniques ont des compétences à mettre au service des entreprises. Ils ont envie, plus que quiconque, d'entrer en relation avec les autres et de poursuivre une vie professionnelle épanouie, mais les entreprises classiques ne leur offrent pas suffisamment de possibilités.

C’est ce constat qui m’a poussée à créer mon entreprise, déjà pour créer mon propre emploi, puis pour rassembler d’autres travailleurs indépendants en situation de handicap.

Le freelancing, c’est bien, mais il reste très compliqué d’en vivre au début, de trouver les clients. Je me suis dis que mutualiser nos efforts en nous entraidant pourrait amener une dynamique positive, tout en m’empêchant de me sentir isolée dans l’aventure entrepreneuriale. 

L’argent n’a jamais été ma principale motivation. Je veux avoir un impact et participer à la prise de conscience sur le sujet du handicap et plus particulièrement des troubles psy, à mon tour.

Qu'est-ce qui te fait lever le matin depuis que tu n’es plus salariée ? 

Comme beaucoup de professionnels et d'entrepreneurs, je suis passionnée par mon métier. Je sais que chaque jour, chaque semaine, de nouveaux défis m'attendent. Personne n’a fixé d'objectifs pour moi. Je n’ai pas d’entretien d’évaluation annuel qui m’attend, pas de manager. Je n’ai aucune obligation. C’est aussi grisant que stressant. Le chiffre que je fais à la fin de l’année, je ne le dois qu’à moi-même.

Un autre point que j’apprécie énormément, dans mon quotidien, est le fait que je rencontre des professionnels qui enrichissent ma vision de mon secteur (le marketing digital), m'apportent du soutien et me motivent à persévérer. 

Tous ces éléments font de l’entrepreneuriat un véritable bonheur, malgré les aléas financiers et le peu de visibilité sur l’avenir. L'entrepreneuriat m'a permis de retrouver la santé, et ça vraiment, ça n’a pas de prix.

Si tu devais raconter une journée de travail à un enfant de 10 ans, que lui dirais-tu ?

Mon métier consiste à utiliser internet pour mettre en relation les entreprises et leurs clients. Aider, par exemple, un artisan qui fait de beaux savons, à attirer des gens sur son site.

On croit souvent qu’être sur internet, c’est facile, qu’il suffit de faire son site, puis d’attendre que les personnes intéressées vous trouvent sur Google. Malheureusement, ça se passe rarement ainsi : les grosses entreprises, déjà très connues, sont mises en avant, et les plus petites, ou les nouvelles, sont noyées dans la masse. Si vous tapez “pull”, vous trouverez d’abord les gros sites comme Amazon, H&M, Zara, Schein, mais pas les autres.

Il existe plein de techniques et d’outils sur internet pour y arriver. Par exemple, on peut créer une publicité sur Facebook, Instagram ou Google.

Ma spécialité à moi, c’est d’écrire des histoires en mettant en valeur les entreprises, pour les aider à se faire connaître.

J’écris des articles pour les blogs et les journaux en ligne.

J’aide aussi les entreprises à créer leur site web : quelqu’un doit écrire le texte des pages de leur site internet et le rendre assez intéressant pour donner envie d’acheter les produits.

Cela peut sembler paradoxal, mais une grande partie de ma journée passe… à faire ma propre promotion, pour montrer ce que je fais. Je suis beaucoup sur les réseaux sociaux, je donne des conseils aux entreprises, discute avec elles.

As-tu décidé de prospecter dès le début de création de ton agence de communication ? Pour quelles raisons ?

J'avais une vision très restreinte de la prospection. Pour moi, il s’agissait essentiellement d’envoyer des mails à de nouveaux prospects (cold emailing), voire d’appeler des inconnus (phoning). 

Je n’étais donc pas très à l’aise, car j’ai du mal, en tant que personne autiste, à oser aller vers des inconnus. Je réponds facilement aux questions, mais j’ai toujours eu du mal à initier les intéractions sociales et à me mettre en avant.

Je me suis forcée, dans un premier temps, à contacter de nouveaux prospects, mais je n’étais pas très douée. Parallèlement, j’ai commencé à créer du contenu sur les réseaux sociaux et à nouer des relations avec d’autres entrepreneurs. Cela m’a permis de changer ma vision de la vente et de gagner en assurance.

Quel est ton rapport à la vente aujourd'hui ?

Il s’est pacifié. Je ne suis toujours pas très à l'aise à l'idée de vendre, mais je me rends de plus en plus compte qu'il existe de multiples façons de vendre (et de promouvoir) ses services. 

Je ne pense donc pas qu'on peut dire que je vende ou que je prospecte.

Je crée du lien sur les réseaux sociaux.

J'essaye de semer des idées ici et là, d'attirer des gens qui sont sensibles au contenu que je fais et qui aiment l’engagement de Koïné Rédaction. J’ai d’ailleurs arrêté la prospection à froid par mail, du moins pour l’instant.

Je ne rechigne jamais à envoyer des conseils spontanés pour aider autrui. Je mise sur la force d'un écosystème et sur les recommandations davantage que sur la vente traditionnelle, c’est-à-dire, pour moi : le cold emailing, le phoning et les événements pro IRL.

Penses-tu que l'éthique a réellement sa place aujourd'hui dans la vente en tant qu'indépendante ?

C'est même essentiel pour réussir dans certains secteurs d'activité, notamment en prestation de service, quand on est freelance, où le personal branding et l’identité de marque de son entreprise comptent beaucoup plus.

En effet, en tant que freelance mon service n'a rien de novateur : des milliers de personnes proposent peu ou prou le même. Je dois donc mettre en valeur non pas le service en tant que tel, mais l'expérience vécue avec mon client et ma propre personne, ce qui est très compliqué à mettre en avant dans un premier mail. 

L’éthique, les valeurs et les engagements qui sont les miens sont des éléments différenciants.

Quels entrepreneurs apprécies-tu particulièrement ?

Je suis un certain nombre d’entrepreneurs à impact autour de moi. Chaque projet m’inspire car il apporte quelque chose à la société.

J’ai également beaucoup de sympathie pour les artisans, les TPE et PME qui créent de l’emploi et de l’animation au niveau local. Je suis un certain nombre d’entre eux, que j’aide également à gagner en visibilité. Pas évident sachant que, dans une économie libérale et technophile, ce sont les startups et les licornes, celles qui lèvent des sommes astronomiques, qui passionnent.

Pour vous donner deux exemples, j’apprécie Emmanuel ALLASIA, que j’ai rencontré sur LinkedIn. Emmanuel est chocolatier, il confectionne des tablettes de chocolat personnalisable aux allures de livre de poche via Le Chocolat de Poche.

J’aimerais également mettre le travail de Douce CORNET en lumière. Douce confectionne dans son atelier des vêtements grandes tailles. Son crédo ? Faire des pièces chics, colorées et féminines qui mettent en valeur tous les corps.

Les rares pièces grandes tailles sont souvent informes, sombres et tristes, comme si les femmes rondes devaient se cacher ou s’invisibiliser. Douce porte un message fort à travers sa marque de vêtement L'Indisciplinée : oui, nous existons, et nous sommes prêtes à prendre notre place. Le vêtement sert aux individus à s’affirmer, à prendre une place, à affirmer un pouvoir.

Quel est ton blog préféré actuellement ?

C’est difficile à dire. Je suis du genre à papillonner. J’ai peu d’adresses fixes, mais je lis beaucoup d’articles toute la semaine en les voyant passer sur les fils des uns et des autres.

Quelles sont tes valeurs les plus profondes sur lesquelles tu ne transigeras jamais ?

L’humilité est une valeur importante pour moi, que je trouve malheureusement peu mise en avant et même décriée dans le monde de l’entrepreneuriat. 

L’humilité nous rappelle que l’apprentissage dure tout au long de la vie, que nous n’avons pas le même référentiel les uns les autres, la même éducation, le même passif, que les facilités de l’un ne sont pas celles de l’autre (et vice versa). 

L’humilité m’aide au quotidien à me remettre en question, à progresser, sans pour autant m’esquinter dans la course à la performance.

Plus concrètement, certains savoir-être sont essentiels pour pouvoir travailler sereinement ensemble. La relation qui se noue entre le freelance et le client, bien qu’à visée commerciale, doit se fonder sur du respect. Je suis très sensible à de petits détails, comme le fait d’être présent à l’heure, de s’excuser si on a du retard ou si on doit décaler un point. 

J’apprécie particulièrement les gens qui donnent du poids à leur parole (je fais ce que je dis), d’être cohérent entre leurs valeurs et leurs actions. Voilà pourquoi je suis quelqu’un de peu bavard : je parle peu, mais ce que je dis m’implique totalement.

Que dirais-tu à un prospect qui hésite encore à te contacter ?

Fais-le, cela ne t'engage à rien : je n'ai aucun intérêt à te vendre une prestation dont tu n'as pas besoin. Tu pourrais même repartir avec deux ou trois conseils.

Si tu penses que le marketing digital n’est pas fait pour toi, je voudrais te dire qu’optimiser ton site internet ou publier sur un réseau social ne demande pas de grands moyens. Toutes les tailles et typologies d’entreprises peuvent tirer avantage de mes services si elles sont présentes en ligne (ou voudraient l’être). Je travaille aussi bien avec des artisans qu’avec des startups du numérique, alors n’hésite pas à me faire découvrir ton univers.

Quels sont tes projets futurs dans les prochains mois ?

J’aimerais continuer de croître à mon rythme : pas à pas.

Je suis en train de refaire mon site internet par des professionnels, pour qu’il soit justement mis aux standards d’internet et puisse me permettre d’être mieux placé sur les moteurs de recherche.

Je ne me ferme aucune porte si une collaboration ou un projet supplémentaire se présente.

En 2022, j’aimerais travailler mon offre d’accompagnement des entrepreneurs sur LinkedIn, notamment en créant des ressources utiles à tous.

Pour retrouver Clémence et la contacter : 

 

 

 

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